Yvonne
Toublant naît le 15 janvier 1908 à Saint Etienne de Chigny; ses
parents sont cultivateurs à la ferme des Cantinières. Yvonne est
fille unique.
Cette
année, je me suis intéressé à un nom qui figure
sur notre Monument aux Morts, celui de BOUDGOURD.
Il y a
77 ans, l'Armistice était signé et avec lui la fin des atrocités
de la deuxième guerre mondiale. Tout le monde s'accordait à dire
que ce conflit serait le dernier.
Discours
prononcé par Monsieur le Maire lors
de la cérémonie du 8 mai 2022.
Ce témoignage est confirmé par l’acte de décès établi par l’administration
SS du camp, qui la déclare décédée le 13 février 1943. En mai 1945, sa famille
apprend sa mort par Héléna Fournier, seule rescapée parmi les vingt Tourangelles
du convoi. Yvonne Boudgourd est déclarée morte en déportation (Journal officiel
de la République française n° 0270 du 21/11/2009).
Le
23 juillet 1927, à 19 ans, elle se marie avec Henri Boudgourd, 20 ans, soldat
au 3ème groupe de Chasseurs Cyclistes à Sélestat (Bas-Rhin). Le ménage s’installe
ensuite à la ferme des parents d’Yvonne et participe à son exploitation. De
cette union naissent deux filles, Yvette en 1927 et Désirée en 1930.
(Nota
: La Ferme des Cantinières se trouvait entre le Carroi Jaune et la Brosse
- soit maintenant incluse dans les terres du Duc de Luynes).
En
mai-juin 1940, Henri Boudgourd est fait prisonnier de guerre et envoyé dans
un Stalag en Allemagne.
Sous
l’occupation, Yvonne Boudgourd est dénoncée par un ouvrier agricole qui l’accuse
de cacher des armes. Il s’agit en fait du fusil de chasse de son mari.
Le
1er octobre 1942, elle est arrêtée et incarcérée à la Maison d’arrêt rue Henri
Martin de Tours (37).
Le
6 novembre, Yvonne Boudgourd fait partie des 17 prisonnières emmenées à la gare
de Tours. À midi, leur train s’arrête gare d’Austerlitz. Dans la soirée, elles
arrivent au camp allemand du Fort de Romainville. Elle est ensuite transférée
à Compiègne le 23 janvier 1943.
Le
24 janvier, 230 femmes sont conduites en camions à la gare de marchandises de
Compiègne, où elles doivent grimper dans les quatre derniers wagons d’un convoi
dans lequel plus de 1450 détenus hommes ont été entassés la veille. Le train
prend alors la destination d’Auschwitz-Birkenau en Pologne.
Dès son arrivée, Yvonne Boudgourd est enregistrée sous le matricule 31792. Ce
numéro est immédiatement tatoué sur son avant-bras gauche. Elle fait partie
désormais des “31000”.
Yvonne
est probablement prise à la « course » . Cette journée folle du 10 février 1943,
deux semaines exactement après son arrivée à Birkenau. «
C’était pour nous faire expier Stalingrad »,
dira une rescapée.
« En arrivant à la porte,
il faudra courir. (...). L’ordre se transmettait des premiers rangs. Oui, il
fallait courir. De chaque côté de la Lagerstrasse, en haie serrée, se tenaient
tous les SS, toutes les kapos, toutes les polizeis, tout ce qui portait brassard
de grade. Armés de bâtons, de lanières, de cannes, de ceinturons, ils battaient
toutes les femmes au passage. Il fallait courir jusqu’au bout du camp. Engourdies
par le froid, titubantes de fatigue, il fallait courir sous les coups. Celles
qui ne couraient pas assez vite, qui trébuchaient, qui tombaient, étaient tirées
hors du rang, saisies au col par la poignée recourbée d’une canne, jetées de
côté. Quand la course a été finie, c’est-à-dire quand toutes les détenues sont
entrées dans les Blocks, celles qui avaient été tirées de côté ont été emmenées
au Block 25. Quatorze des prisonnières ont été prises ce jour- là, dont Yvonne
Boudgourd ».
En
effet, ses compagnes constatant le terme de son agonie, elles diront : «
Par la fenêtre du Block 26 où nous avons été mises
le 12 février, nous avons vu son cadavre (...) dans la cour du Block 25, (...)
sur la neige ».
79
ans après sa mort, en vous la présentant, j’ai le sentiment de rendre hommage
à sa mémoire et de la faire revenir parmi nous pour quelques instants. Aujourd’hui,
Il nous semble surréaliste de partir de Saint Etienne De Chigny jusqu’à Auschwitz
pour un fusil de chasse, mais c’était la guerre.
Elle
détaillera ensuite : « Après
l’appel du matin, qui avait duré comme tous les jours de 4 heures à 8 heures,
les SS ont fait sortir du camp toutes les détenues soit dix mille femmes. Il
faisait -18°. Celles-ci sont restées debout immobiles jusqu’à la tombée du jour.
Les SS, postés derrière des mitrailleuses, gardaient les bords du champ. Vers
5 heures du soir, coup de sifflet. Ordre de rentrer. Les rangs se sont reformés
sur cinq colonnes ».
Malheureusement
,77 ans plus tard, nous devons rester vigilants. La guerre entre la Russie et
l’Ukraine, aux portes de l’Europe, ne doit pas être l’amorce d’une troisième
guerre mondiale, comme certains le prédisent. Les images ne doivent pas rendre
ce conflit banal, admissible. Il n’y a pas de guerre propre, il n’y a pas de
guerre saine. Les guerres n’ont jamais amené que leur lot de drames, de morts,
de déracinements, de victimes innocentes. Néanmoins, nous devons rester confiants
en l’avenir quand nous voyons les Européens unis, les Français ne pas se résigner
et les Stéphanois se mobiliser pour soutenir les Ukrainiens.
Nota : les documents
photos de cette page ont été relevés sur Internet par
le responsable de ce site et ne sont donc pas de la responsabilité
du Maire de Saint Etienne de Chigny.
D'autres documents et témoignages
peuvent être trouvés sur Internet.